ESPACE PROFESSIONNEL > Bulletins d'information > n°12, avril 2004 > Petit guide pratique du savoir fer. Dr Jean Claude Barbare. CH Compiègne


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Hémochromatose génétique classique (Hfe1)

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Les surcharges en fer | Hémochromatose génétique classique (Hfe1) | Autres surcharges en fer | Conduite à tenir devant une surcharge en fer | Le traitement : réalisation pratique | Les (principales) urgences



Histoire naturelle


L’évolution se fait en quatre phases

 La phase asymptomatique



A ce stade, le dépistage repose sur l’élévation de la saturation de la transferrine (>50% chez l’homme et 45% chez la femme)qui est le premier signe biologique évocateur

 Les manifestations cliniques précoces devant faire évoquer le diagnostic sont



-          l’asthénie physique et psychique (présente dans 42 à 65% des cas)
-          les signe cutanés (mélanodermie dans 30 à 75% des cas)
-          les signes osteo-articulaires (50 à 75% des cas)

 Les manifestations cliniques tardives




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Elles sont responsable de la morbidité et de la mortalité liées à la maladie :
-          Atteinte hépatique (50 à 80% des cas)

risque de cirrhose
risque de carcinome hépatocellulaire
-          Atteinte endocrinienne (10-40%)
diabète insulino dépendant
hypogonadisme
-          Atteinte cardiaque (15-35%)



Pourquoi dépister ?


 Critères de l’OMS



Les critères justifiant le dépistage systématique de certaines maladies, dont la liste a été établie par l’OMS, sont pour leur grand majorité, remplis dans le cas de l’hémochromatoqe génétique :
¨       Problème de santé publique : oui
¨       Traitement bien défini : oui
¨       Facilité du diagnostic et du traitement : oui
¨       Diagnostic des formes latentes : oui
¨       Coût par cas raisonnable : à définir
¨       Dépistage adaptable aux conditions existantes : à définir
¨       Test efficace : oui
¨       Test acceptable pour la population : oui
¨       Histoire naturellle bien comprise : à préciser
¨       Accord sur qui traiter : oui

 Survie selon le stade au diagnostic




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L’étude de Niederau et al en 1996 a montré une diminution de l’espérance de vie chez les sujets atteints d’hémochromatose génétique par rapport à la population générale. Cependant, une analyse plus détaillée montre que la survie n’est diminuée que chez les patients porteurs d’une cirrhose au moment du diagnostic, alors que chez les patients dont le diagnostic et le traitement ont lieu avant l’installation de la cirrhose, l’espérance de vie n’est pas modifiée par rapport à la population générale.
Ces constatations soulignent l’intérêt d’un dépistage le plus précoce possible, avant l’apparition des complications, permettant un traitement préventif. La stratégie de ce dépistage est à préciser.
Dépistage de masse généralisé ?
Dépistage ciblé ? Sur quels paramètres ?



Comment dépister ?


 Les test biologiques du fer




  • Dosage du fer sérique :
    sans intérêt
  • Coefficient de saturation de la transferrine (CS)La saturation de la transferrine reflète l’absorption digestive du fer. Elle est normalement <50% chez l’homme et <45% chez la femme.
    Une élévation de la CS au dessus de ces limites doit faire suspecter une surcharge en fer, et en particulier une hémochromatose génétique. Il faut s’assurer que la mesure de la CS a bien été faite chez un patient à jeun, et toujours contrôler le dosage. Le résultat peut être faussement positif du fait d’une diminution de la transferrinémie qui augmente artificiellement la CS
  • o       Ferritinémie (Ft)
    En cas de surcharge en fer, elle reflète l’importance du stock de fer tissulaire. L’augmentation de la Ft n’est pas spécifique des surcharges en fer, et peut également être due à un syndrôme inflammatoire, une cytolyse….

 Le test génétique



Ce test est à prescrire quand une élévation du CS confirmée fait évoquer l’hémochromatose génétique, ou dans le cadre d’une enquête familiale. Il ne nécessite qu’une simple prise de sang.

  • Deux mutations peuvent être recherchées C 282 Y  : à l’état homozygote, elle correspond au génotype de l’hémochromatose génétique classique
    H 63 D :le rôle exact de cette mutation est moins bien défini et elle ne doit pas être demandée en première intention. Sa recherche est utile en cas de surcharge en fer confirmée sans homozygotie C 282 Y pour mettre en évidence une hétérozygotie composite, associant un mutation hétérozygote C 282 Y et une mutation hétérozygote H 63 D. Cette situation peut donner lieu à une surcharge en fer, cependant habituellement plus tardive et moins importante que celle de l’hémochromatose homozygote classique
  • Consentement informé écrit :il est légalement indispensable pour tout test génétique
  • Non remboursementLe test génétique ne figure pas actuellement à la nomenclature des actes de laboratoire et n’est donc pas pris en charge par les CAM
  • Communication du résultat :Le résultat doit être communiqué au patient au cours d’une consultation, associée à un conseil génétique si le test est positif
  • Enquête familiale : La découverte d’une hémochromatose génétique doit donner lieu à une enquête familiale. C’est au patient lui même, et non au médecin, de prévenir les membres de sa famille et de leur conseiller la réalisation d’un test.


A qui proposer le dépistage ?


 Dépistage systématique



Le dépistage systématique n’est pas actuellement recommandé par l’ANAES. De nombreux médecins, ainsi que les associations de patients, souhaitent voir se mettre en place une stratégie de dépistage qui éviterait de voir encore des patients mourir d’une hémochromatose méconnue alors que les moyens diagnostiques et thérapeutiques sont bien connus.
La réalisation systématique du test génétique à l’ensemble de la population n’est en pratique possible qu’à la naissance. La technique est simple : les cartes utilisées pour le test de Guthrie peuvent l’être pour le test génétique de l’hémochromatose. Cette stratégie ne peut cependant pas être retenue du fait de son coût, et des difficultés à l’heure actuelle à apprécier son impact psycho-social. Les conséquences de la mise en évidence d’une anomalie génétique chez un nouveau né sont d’appréciation difficile. En outre, comme la maladie ne se manifeste qu’à l’âge adulte, le délai entre le diagnostic et la prise en charge risque d’entraîner une perte d’efficacité. Il n’est pas certain que, chez des sujets asymptomatiques, la trace de l’anomalie génétique persiste assez pour entraîner la prise en charge à l’âge adulte.
Chez l’adulte, le dépistage systématique est difficile. En l’absence de stratégie clairement définie, la meilleure attitude semble être de penser à introduire le dosage du CS dans les bilans de santé, et de proposer le test génétique en cas d’augmentation confirmée

 Dépistage ciblé sur l’existence de symptômes clinico- biologiques



Les symptômes cliniques précoces (asthénie, arthralgies..), ou une élévation chronique des transaminases doivent évoquer le diagnostic.
Il en est de même bien entendu des symptômes tardifs : diabète, atteinte cardiaque, hépatopathie…Même si, à ce stade, certaines atteintes viscérales installées ne régressent pas ou peu sous traitement, on peut espérer empêcher leur aggravation. Devant tous ces signes, il faut évoquer le diagnostic, doser la CS et éventuellement la Ft, et, au moindre doute à demander le test génétique

 Enquête familiale



Elle doit être proposée de façon systématique aux parents du premier degré (père et mère, frères et sœurs, enfants majeurs) de tout patient chez qui le diagnostic d’hémochromatose génétique est porté. La probabilité de diagnostiquer une hémochromatose génétique est dans cette situation beaucoup plus élevée que dans la population générale (1/4 chez les frères et soeurs par exemple). Elle n’est possible que si le patient avertit lui même sa famille de l’intérêt de pratiquer ce test. Ce rôle du patient dans l’initiation de l’enquête génétique est incontournable. Dans ce cadre, le test génétique doit être proposé d’emblée. Le dosage du CS, de la ferritinémie, seront faits secondairement, si le test est positif, pour l’évaluation de la sévérité.



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